O' Quotidien

L'écoute active : introduction

Déjà aux temps anciens, Grecs et Romains avaient compris l'art de la rhétorique bien sur, mais aussi son pendant obligatoire, l'art de se faire écouter, et donc l'art de développer l'écoute. Surtout à cette époque, où la transmission de la connaissance en général, et de la philosophie en particulier, se faisait par l'oral.

Plutarque dira : "L'ouie est l'organe de la sagesse". Il doit même y avoir "une concordance entre celui qui parle et celui qui écoute". Et voilà, était née la notion d'écoute active.

A cette époque aussi, il était un exercice courant : l'improvisation du discours. Le discours écrit était considéré comme sonnant faux. Or la portée du discours de l'orateur ne pouvait avoir de répercussion que si les auditeurs étaient eux-mêmes de fin technicien. On ne juge pas d'une compétition et de l'exactitude des acrobaties et autres vrilles en patinage artistique si l'on n'est pas soi-même calé en la matière. L'un dépend de l'autre. Il y avait des orateurs "professionnels" et des auditeurs "professionnels" dirions-nous aujourd'hui.

 

C'est bien d'ailleurs l'un des maux de nos médias et autres communications contemporaines : il y a parfois encore de bons orateurs, mais plus personne n'écoute. Il suffit de regarder une émission politique pour s'en convaincre... Et j'occulte tous ces enfants du XXIe siècle qui sont noyés sous des dizaines de canaux pour apprendre : les parents bien sur, mais ils ne sont plus les seuls (les médias, internet, les réseaux sociaux, etc.) - tout ceci est peu propice à développer une bonne écoute de base.

Le film "La crise" avec Vincent Lindon et Patrick Timsit est un excellent exemple de ce que nous n'écoutons plus. Pourtant, Plutarque (encore) avait déjà indiqué que "Le commencement de bien vivre, c'est de bien écouter".

Il nous reste encore quelques orateurs professionnels (si je dois réduire à cela leur rôle qui ne s'y réduit évidemment pas) : les psychanalystes, les psychologues, les thérapeutes en tout genre, et aujourd'hui les coaches aussi. Leur métier est pour une très grande partie porté sur l'écoute, préalable. C'est l'émergence de la psychanalyse au XXe siècle qui a redonné ses lettres de noblesse à l'écoute.

Or, l'exigence de qualité d'écoute s'est proportionnellement développée en même temps que le besoin grandissant d'être écouté.

Carl Rogers devait adjoindre à l'écoute active d'autres notions, l'empathie, la non-directivité, le dialogue actif. Et puis, vint le temps de l'accompagnement,  de l'accueil sans jugement (de valeur), l'importance du silence, la bienveillance nécessaire, l'absence de préjugés ou de la peur de l'autre, le techniques de questionnement et de reformulation. Ce sont tous ces sujets que nous aborderons aussi ensemble les prochains mois.

 

Abordons aujourd'hui ce qu'est l'écoute active.

C'est une qualité supérieure de l'écoute. outre l'attention apportée à l'autre on l'a vu, c'est aussi un travail sur soi, une technique à appréhender, puisqu'elle n'est pas innée. Elle nécessite investigation, implication, une vraie philosophie de l'échange et des qualités humaines.

Elle intervient souvent dans un cadre et pour un but déterminé. Par exemple, au travail, ce sera un entretien annuel ; dans la vie de famille, ce sera le désir de résoudre un conflit, etc. Nous ne sommes pas en écoute active constamment et pour tout. Non. Notre attention est mouvante, inconstante, involontaire parfois (ex : lorsqu'on a le sentiment que "quelque chose" se passe immédiatement). Les troubles de l'attention sont même un symptôme de pathologie : la concentration sa s'apprend aussi.

En aparté, en jouant certes sur les mots, on peut évidemment poser que l'écoute active n'est justement pas une écoute passive - qui reviendrai à "entendre" simplement. L'écoute active, c'est écouter avec les yeux, le cerveau, le coeur même. Pour cela, il faut poser le décor, il faut :

 

- Une ambiance calme : l'écoute active nécessite un endroit calme, coupé de l'agitation quotidienne. Il faut oser couper son portable, fermer l'écran de l'ordinateur, etc. bref tout ce qui pourrait, à un moment ou à un autre, détourner le regard, l'attention. Il faut consacrer un temps pour ça. Même le corps de celui qui écoute doit donner du courage, doit être réconfortant, posé, agréable, sans gestes brusques, sans regards désapprobateurs, etc.

Et on sait que le regard est attiré par tout ce qui bouge par exemple. Ave-vous remarqué, par exemple, lors d'une discussion, qu'il suffit qu'un joli garçon ou une belle demoiselle passe, pour que votre regard le/la suive, et surtout que votre écoute envers votre interlocuteur est interrompue ?

 

- L'attention portée à l'autre : écouter c'est être tourné (physiquement) vers l'autre, son regard, son corps, sa gestuelle. Ca implique du coup une volonté d'être ouvert à l'extérieur et de reconnaitre la différence de l'autre, il est digne d''intérêt et doit le ressentir comme tel. On est prêt à fournir cet effort et de se rendre disponible (ça veut dire, peut-être, être capable de s'extraire de l'agitation ambiante, de l'effervescence du quotidien, de savoir se poser quelques minutes).

Cette ouverture vers l'autre évite le repli sur soi ! L'avantage d'écouter pleinement l'autre, c'est lui permettre de se sentir compris, reconnu, vivant. C'est l'accepter tel qu'il est.

Inversement, ne pas se sentir écouté donne des situations connus des psy : sentiment de ne pas être aimé par exemple, qui crée de la frustration, qui peut devenir destructrice. Ainsi un enfant qui n'aura pas été écouté, pourrait devenir un adulte sans assurance, sans confiance en lui, avec une appréhension en public, avec l'incapacité de créer des liens interpersonnels. Dans le couple, l'indifférence de l'autre peut être mal vécue. Au travail, le fait de ne pas se sentir écouté, peut faire qu'on devienne aigri, déçu, non motivée, etc.

 

- La proximité : il est plus facile de créer un climat de confiance lorsqu'on crée un rapport vrai de proximité. Cela facilitera, si besoin, la possibilité de donner un avis neutre, même s'il est contraire ou pénible à entendre.

 

- La non-directivité : l'écoute active impose l'accompagnement plutôt que l'obligation de faire ceci ou cela. Et donc : ne pas émettre d'opinion, ne pas choisir pour lui, ne pas diriger les actions, ne pas dire ou faire à sa place, aider à ce que les mots et les émotions s'expriment sans contrainte.

Néanmoins, la non-directivité ne veut pas dire l'absence d'un peu de discipline dans l'échange, puisqu'il y a un but à atteindre.

 

- Faire taire ses bruits intérieurs : écouter implique de mettre de côté ses jugements, ses opinions, ses préjugés, ses convictions. C'est presque, pour un temps, obéir à l'autre : ses avis, ses opinions, etc. Les mieux écouter pour les  mieux discerner et, du coup, mieux en débattre. Abandonner ses propres pensées permet alors d'être plus attentif à ce qui est dit, mais aussi pourquoi pas les non-dits.

Or, on s'en doute, notre histoire, notre passé, inconsciemment, vient juger, vient analyser à l'aune de ce qu'il connait de lui-même. Ce qui ressortira de la conversation fera forcément appel à des émotions personnelles ; viendra forcément bousculer mes croyances, mon unicité. Il est donc important d'avoir une bonne connaissance de soi-même, et savoir si l'on peut arriver à faire abstraction de soi un instant.

 

- Faire preuve de neutralité : il y a deux aspects de la neutralité. D'abord, envisager l'autre dans ce qu'il est et non pas dans ce qu'on croit qu'il devrait être. Ensuite, se permettre, en restant neutre, de garder ses distances, de rester objectivement concentré sur le moment, et reprendre sa vie après. Elle permet de séparer les événements.

 

- De la congruence : la congruence est l'art d'être soi-même, sincère, authentique, sans faux semblant ni mensonge, honnête, intègre entre ce que vous dites et ce que vous faites. Autrement dit, vous êtes digne de confiance. Du coup, naturellement, les personnes se sentent bien accueillies. La congruence doit être naturelle et constante (elle !), et ne pas être seulement un rôle emprunté pour la circonstance. Elle implique une relation vraie, sans que ni l'un ni l'autre s'impose ou au contraire s'efface. Etre congruent ce n'est pas s'annihiler pour faire parler l'autre. La relation est mutuellement en adéquation juste.

 

- Encourager et valoriser l'autre : ce seront des "oui" d'assentiment bien placés, des questions sincères visant à aller plus loin, des réponses valorisantes, des questions surtout qui font sens, une reformulation pertinente et efficace. Mieux vaut éviter les phrases toutes faites ou les solutions impersonnelles, et encore moins se montrer impatient, agacé.

 

- Et d'autres qualités : la vigilance (tous les sens sont en éveil), la bienveillance (c-a-d une posture positive d'accueil de l'autre, de la cordialité aussi), et de l'empathie (que l'on verra plus particulièrement plus tard).

Pour aller plus loin, la technique de l'écoute active maitrisée, on en vient aussi à faire attention aux hésitations, aux non-dits, aux silences soudains, la gestuelle inadaptée, etc. Il y a des choses qui se disent facilement, d'autres pas. L'écoute active n'écoute pas que la voix, elle écoute tout le corps, tous les signes, elle écoute tous les bruits (et l'on sait que le silence est un bruit en thérapie).

Enfin, l'interlocuteur attendra au final une analyse et une synthèse opportune, mettre en perspective, relever les incohérences ou les contradictions, faire prendre conscience de la situation, revenir à l'essentiel u à l'important, provoquer des choix et/ou des actions.

 

C'est tout... pour aujourd'hui.

 



08/05/2014
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